LE PRINTEMPS

LE PRINTEMPS

CREATION 2015

LE PRINTEMPS - Cie. IDA Mark Tompkins

I.D.A. MARK TOMPKINS

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins 

C’est d’abord un état
un territoire imaginaire animé par quatre fortes personnalités
résistantes et perméables à la fois
quelque part dans un no man’s land, un Orient rêvé

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins

Autour de Kamilya Jubran, chanteuse et musicienne palestinienne,
les danseuses, performeuses, circassiennes, Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti, Ananda Montange,
s’exposent au plus intime

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins

Un moment partagé qui laisse la place à l’imaginaire de chacun

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins 

Une lecture politique pourrait être faite mais ce qui nous importe
est le sentiment de transmission apporté par cet univers uniquement féminin

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins 

La jouissance des couleurs et des tissus venus d’ailleurs relient
les séquences poétiques ou humoristiques dans un flot constant de danses et de mouvements

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins

LE PRINTEMPS

Quatre solos qui s’enchevêtrent, quatre voix qui se mêlent. Le Printemps est une pièce chorale évoquant le destin croisé de quatre femmes, danseuses, chanteuses et musiciennes, aux origines et parcours différents, qui interrogent les thèmes de l’émancipation, l’errance et l’exil. S’affranchissant des contraintes sociales ou morales, elles se confrontent, se dépassent, et font entendre leur voix dans un contexte singulier, qui secoue leurs repères et fait chanceler leurs certitudes.

La pièce est construite à partir de solos qui dévoilent le cheminement de chacune. La musique originale live de Kamilya Jubran, chanteuse et joueuse d’oud, ainsi que les partitions d’actes et d’états des trois autres interprètes, Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti et Ananda Montange, se répondent et s’interpénètrent. A travers leurs propositions dansées, jouées et chantées, la pièce fait entrer en friction les réalités du monde avec leur imaginaire et celui du public. 

Comment se défaire des facteurs, innés ou acquis, qui forgent l’identité ?  Comment se libérer de ses passions, de ses préjugés ? Et si l’émancipation est réalisable, sera-t-elle à la hauteur de nos attentes et de nos espérances ?

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins 

N’ignorant rien des conflits et des tensions aussi bien en nous que dans la réalité qui nous entoure, nous éprouvons la nécessité de retrouver la matrice originelle, l’état inconscient d’émerveillement et de bienveillance sur le monde. Quatre personnalités indépendantes et fortes réinventent devant nous le patrimoine connus de tous : la pulsion de vie et de survie plus forte que tout. Le lieu clos de la scène devient le monde.

Veter norosti

Avec 

Kamilya Jubran
Silvia Di Rienzo
Anna Gaïotti
Ananda Montange

 

Conception : Jean-Louis Badet et Mark Tompkins
Direction artistique : Mark Tompkins
Scénographie et costumes : Jean-Louis Badet
Lumière : Séverine Rième
Musique, Chant, Oud : Kamilya Jubran
Paroles de Fadhil Al Azzawi, Paul Chaoul, Hassan Najmi
Danse : Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti, Ananda Montange
Textes : Anna Gaïotti

 

 

Administration, diffusion : Amelia Serrano
Collaboratrice administration : Sandrine Barrasso

 

 

Durée : 60 minutes

 

Créé les 18 et 19 mai 2015 aux Rencontres Chorégraphiques internationales 
de Seine-Saint-denis à La Parole Errante, Montreuil

 

 

COPRODUCTION
La Cie I.D.A. Mark Tompkins, subventionnée par la DRAC Ile-de-France /
Ministère de la culture et de la communication au titre de l'Aide à la Compagnie,
Le CDC Toulouse/Midi-Pyrénées (accueil studio), Fonds SACD Musique de Scène.
Avec le soutien : La Villette - Résidence d'Artistes 2015, La Briqueterie CDC du Val-de-Marne,
La Ménagerie de Verre (StudioLab), le Centre National de la Danse, micadanses Paris

 

La vérité est oppressante
Peut-on cacher le soleil avec un tamis
On m’a tuée, oui on m’a tuée
Je fus sacrifiée
J’attendais mon tour
Je me désintégrais toute entière
Oui on m’a tuée
La guerre est moins rude que l’amour

Sawsan Darwaza

 

si tu veux être épargné quand l’ennemi frappera
pour qu’il ne te frappe pas lors de sa frappe
alors tu dois être son tendre ami
il faut séduire l’ennemi
et être son tendre ami

Anna Gaïotti

 

où est le silence ?
celle que ne peuvent pas les herbes rases
où est cette pute ?
qu’elle me laisse la paix
qu’elle étiole mes pensées
qu’elle me naufrage
qu’elle me perde
que la langueur mousse
que la flemme tousse
le virus
que mon corps éprouve
l’épave de la joie
et la joie d’épouser la terre humide moite
je veux baiser cette pute
et m’endormir
je veux baiser cette pute
et m’endormir

Anna Gaïotti

 

 

BIOGRAPHIES

LE PRINTEMPS - IDA Mark Tompkins Kamilya Jubran est née en Israël, de parents palestiniens. Son père Elias, luthier d’instruments traditionnels, l’initie dès ses quatre ans à la musique et au répertoire arabe classique égyptien. En 1981, elle suit des études à l’université hébraïque de Jérusalem pour devenir assistante sociale. Mais au bout d’un an, elle décide de se consacrer entièrement à la musique et rejoint le groupe musical palestinien Sabreen à Jérusalem. Pendant vingt ans, elle en est la chanteuse principale, joue du qanoon et du oud et produit quatre albums avec eux. Sous son impulsion, le groupe tourne dans de nombreuses villes palestiniennes et à l’étranger. Cette période dynamique est pour elle une source d’évolution vers une chanson arabe contemporaine. En 2002, elle obtient une bourse en Suisse et s’oriente résolument vers un registre musical différent. Aujourd’hui, elle continue d’explorer de nouveaux horizons en tant que compositrice, chanteuse et musicienne. Elle vit et travaille à Paris depuis 2003, et collabore notamment avec Werner Hasler, trompettiste et musicien électronique de Bern, et la compositrice et contrebassiste Sarah Murcia de Paris. 
  Silvia Di Rienzo se forme entre l’Italie, l’Angleterre, la Belgique et la France à la danse moderne et contemporaine et aux techniques d’improvisation et de composition. Elle suit des études en littérature à l’Université de Rome, La Sapienza, et une formation de clown au Théâtre Samovar. À Paris depuis 2003, elle est interprète pour les compagnies Descent-Danse de Laurence Rondoni & Mohammed Shafik, Les Gens du Quai d’Anne Lopez, 3.14 de Valeria Apicella, Rue n°8 d’Alexandre Pavlata et pour Malena Beer. Elle participe aux performances de Vincent Macaigne, Pauline Simon, Gaspard Guilbert, Tomeo Vergés et Richard Zachary. En 2013, elle crée C&C avec Stefania Brannetti, une compagnie Eco-artistique de danse de rue. Elle mène également des ateliers aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis au sein des projets de Sandrine Maisonneuve. L’Ashtanga Viniyasa Yoga, qu’elle pratique et enseigne depuis 10 ans, est vital dans sa vie. 
Anna Gaïotti étudie de 2003 à 2009 à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. En 2006, elle obtient une bourse Erasmus et part à Berlin. Elle réalise sa première performance avec Antonia Baehr, Parfois je suis le chevalier parfois je suis le cheval, apprend le métier de modélisme et de patronage avec Patrick Ritz, et crée l’installation Cocoon pour La Robe, boutique de vêtements haute-couture de Gaël Hameau. De retour à Paris, elle continue sa recherche qui met en relation la présence d’un corps contenu et le mouvement, en réalisant les performances Pass out, Anniversaire d’ArigmatiqueBRIDE 17.10.08 et Air de jeu. En 2009, elle crée la pièce Confidence, avec laquelle elle obtient son diplôme (DNSAP). Son engagement physique l'amène à la danse contemporaine, aux techniques d'improvisation et aux pratiques somatiques. En 2012, elle intègre la formation et master Essais au CNDC d'Angers, et en 2014 elle obtient une bourse danceWEB au festival ImPulsTanz à Vienne. Elle concentre ses pratiques autour de la performance, qu'elle lie intrinsèquement à la mode et à l'écriture, travaillant en solo et collaborant à pers projets duo ou collectifs.
Ananda Montange est née dans une famille de musiciens et pratique la musique depuis son plus jeune âge. Inspirée par le jazz, le chant dhrupad et le chant diphonique, elle développe le travail de la voix. Parallèlement, elle se forme en tant qu'équilibriste dans les écoles de cirque de Lyon et de Chambéry, puis au théâtre gestuel avec le Théâtre du Mouvement. En 2010, elle intègre la formation Extensions au CDC de Toulouse. Les rencontres avec Alain Maratrat, Gyohei Zaitsu, Thierry Bae, Diane Broman et Mark Tompkins, l’amènent à se questionner sur le travail d'improvisation qui constitue une partie essentielle de sa recherche actuelle. Depuis 2012, elle travaille avec la Cie Juste Ici, la Cie La Canine, l'Association Manifeste et réalise des performances avec Robyn Orlin, le collectif Aaltra, Elisa Fantozzi, le trio Espace-Temps-Matière, et développe un travail de composition instantanée avec un collectif de musiciens et de danseurs dans le projet FIRE!.
Séverine Rième après des études de Lettres Modernes, elle commence à danser en 1997. Dès 2004 elle chorégraphie le solo Fibres, le trio Hordycie et le concert chorégraphique Je ne suis personnes. À partir de 2008, elle suit une formation en lumière et crée Last Last, un éloge de l'ombre. Elle cosigne avec Alexandre Roccoli Drama per Musica en 2011 au Centre Pompidou. Depuis 2010, elle développe son travail éclairant six pièces de Myriam Gourfink, et créant les lumières pour Marianne Baillot, Volmir Cordeiro, Lorena Dozio, Annabelle Guérédrat, Kevin Jean, Arantxa Martinez, Enora Rivière, Gaël Sesboüé, David Wampach. En 2012, elle danse dans une performance de Tino Segahl pour l'exposition Danser sa vie au Centre Pompidou. A l'ère de la surexposition, elle travaille l'ombre et l'obscurité pour donner à entrevoir et imaginer plutôt que prétendre donner à voir.
Mark Tompkins Mark Tompkins
Après une série de solos et spectacles collectifs, il fonde la compagnie I.D.A. en 1983. Au fil du temps, sa manière unique de fabriquer des objets performatifs non identifiés est devenue sa signature. Solos et pièces de groupe, concerts et performances mêlant la danse, la musique, le chant, le texte et la vidéo sont les étapes de ce parcours initié au début des années 70 et poursuivi avec la complicité du scénographe Jean-Louis Badet depuis 1988. Parallèlement, il mène une recherche sur l’improvisation et la composition instantanée par le biais de son enseignement et de ses performances avec de nombreux danseurs, musiciens, éclairagistes et vidéastes. Ses spectacles récents évoluent vers le théâtre musical, s’inspirant du music-hall, du cabaret, du vaudeville et de la comédie musicale. En 2008, il reçoit le Prix SACD de la Chorégraphie pour l’ensemble de son œuvre.
Jean-Louis Badet Jean-Louis Badet étudie la peinture à l'Ecole des Beaux Arts de Paris et de Perugia en Italie. A partir de 1970, résidant au Danemark, ses activités de peintre le conduisent à collaborer avec des chorégraphes pour la réalisation de décors et de costumes. De 1980 à 1992, il dirige l'association Espace Danse au sein de l'Institut Français de Copenhague, qui présente et produit de jeunes chorégraphes français et internationaux. Depuis 1988, il est scénographe, costumier et collaborateur artistique de la Cie I.D.A. En 2010, il joue dans L’oubli, toucher du bois de Christian Rizzo.

Jean-Louis Badet & Mark Tompkins fabriquent des spectacles ensemble depuis 1988. Dans les années 90, ils rénovent une ancienne fromagerie à Arbecey, un petit village dans la région de la Franche-Comté, puis une maison en gîte et studio de danse. Depuis 2002, ils y organisent des stages d’été avec des artistes internationaux
et y préparent leurs productions.

 

EXTRAITS DE PRESSE

 

 

« Le Printemps » de Mark Tompkins
Aux Rencontres chorégraphiques, Mark Tompkins crée Le Printemps en hommage aux femmes

Par Thomas Hahn
http://dansercanalhistorique.fr/?q=content/le-printemps-de-mark-tompkins

Le déluge de couleurs ne cesse pas un instant. Dans Le Printemps, les hijab et les niqab des trois interprètes irradient l’espace et brûlent les rétines, tel un soleil au zénith. Il est rare, de plus en plus par ailleurs, que les costumes deviennent le personnage principal d’une pièce de danse. Ici, ils créent une charge visuelle et plastique inouïe. De maille en maille, l’accumulation peut rappeler celle de Tauberbach d’Alain Platel, où le plateau entier est parsemé de vêtements. Mais le résultat est à l’opposé. Chez Platel, les interprètes sont dissimulés, chez Tompkins les trois femmes se révèlent sous de multiples facettes.

La charge visuelle et plastique de Jean-Louis Badet (costumes et scénographie) maintient les corps des trois danseuses en transformation permanente, du monstre difforme à la plus fragile des nudités. Et le tableau –  il  y a une bonne dose de Klimt danse ces mosaïques éclatantes – ne serait pas complet si cette nudité songeuse n’était pas le résultat du striptease le plus vertigineux de tous les temps, car performé par une derviche tourneuse. L’un après l’autre, elle enlève les cinq rosaces textiles qui l’enlacent.

On songe aux défilés de la styliste plasticienne Majida Khattari, qui décline le voile islamique de façon subversive. Mais même elle n’avait pas prévu de mettre ainsi le « printemps arabe » sur un tapis ardent. Plus près de Nijinski, le printemps est aussi le moment de sacrifier des jeunes femmes. Tompkins cultive l’ambivalence jusque dans des tableaux qui montrent les danseuses quasiment en position de lapidation et donc d’élues sacrifiées. Mais elles peuvent aussi évoquer les sorcières de Macbeth et des femmes modernes, aspirant à une libération qui passe par le corps. Le tout en une seule image…

Avec leurs sauts saugrenus et leurs déséquilibres délibérés, nos guerrières sportives cultivent un goût de goulues pour ce mélange de maillots fluos, de leggings aux dessins à fleurs et autres motifs presque traditionnels. Elles peuvent se jeter sur la moindre chaussette, telles des toxicomanes en manque d’héroïsme. Aussi, Le Printemps dit avant tout à quel point tous les mythes ont une racine commune et se traversent les uns les autres, des Peaux-Rouges aux Incas, en passant par le désert et bien sûr par les arènes des Jeux Olympiques de nos jours.

Le Printemps c’est une éclosion de tous les ailleurs, même ceux bien de chez nous, d’un printemps de toutes les promesses, incarnées par la voix de Kamylia Jubran, compositrice et chanteuse, symbole du combat politique pour toutes libertés réunies. Elle accompagne ici les trois lutteuses (dé)voilées tel un esprit bienveillant, interprétant des paroles aussi parfumées que celles du poète marocain Hassan Najmi : « Ton visage radieux fleurit cette nuit/…/Et je ne sais plus comment marcher/…/ Jalouse de ta légèreté/cette banquette est devenue trop étroite pour nous/ Laisse-moi donc /…/Boire ta sève et rester assoiffé/… »

On attendait peut-être de Tompkins qu’il chante lui-même ou qu’il nous fasse rire comme avant, mais on retrouve son subtil dialogue entre l’apparence et les multiples strates dissimulées, on reconnaît son engagement et les interrogations qu’il sait poser sur un plateau sans crier guerre, mais en créant des images qui parlent à tous ceux qui voudraient dire, comme dans ces lignes l’Irakien Fadhil Al Azzawi: « Que la lumière soit au monde! / J’attends que l’univers commence de nouveau. »

Rarement la parole s’est inscrite de façon aussi pertinente dans une pièce de danse. En français dans le texte, voici un exemple de ce qu’on entend, de la plume et de la bouche d’Anna Gaïotti, l’une des trois protagonistes: « où est le silence? /  celle que ne peuvent pas les herbes rases / où est cette pute ? / qu’elle me laisse la paix / qu’elle étiole mes pensées / qu’elle me naufrage / qu’elle me perde / que la langueur mousse / que la flemme tousse / le virus / que mon corps éprouve / l’épave de la joie/ et la joie d’épouser la terre  humide moite / je veux baiser cette pute / et m’endormir / je veux baiser cette pute / et m’endormir » Le tout hurlé par une sorte d’anti-cygne, comme chez les hommes il y a des anti-héros, haut-perchée sur ses talons, qui parfois semble marcher comme sur des échasses…

 

« Le Printemps» chorégraphie de Mark Tompkins à La Parole Errante de Montreuil
Mai 22, 2015 article de Denis Sanglard

http://unfauteuilpourlorchestre.com/le-printemps-choregraphie-de-mark-to...

Ce sont des guerrières, vêtues de fringues violemment colorées, ou de tenues de foot masculines qu’elles s’approprient, détournent avec ironie, juchées parfois sur des talons démesurés qui leur tordent les chevilles. Ce sont des guerrières venues d’Orient et qui s’affranchissent des diktats, de l’oppression masculine qui les enferment dans cette prison de voiles noirs, la burqa. Une burqa qui fait son apparition dans une courte et rapide scène décalée où deux femmes, fantômes noirs, dansent avant d’esquisser un combat de karaté et de disparaître. Voilées, elles le sont mais dans des étoffes multicolores, bariolées et kitch dont elles se jouent et s’affranchissent. Les voiles tomberont lors d’une danse soufi, devenue danse des sept voiles, qui voit cette nouvelle Salomé tourner comme un derviche, jeter ses corolles fleuries qui l’enserrent, révéler son corps dans sa nudité, ivre de liberté, ivre de danse, jusqu’à tomber. Scène magnifique et surprenante qui pourrait résumer cette nouvelle création de Mark Tompkins où il s’agit avant tout de dévoilement. Ces femmes se mettent à nu au sens propre comme au sens figuré. C’est un geste fort, violent, de réappropriation de soi, loin de toutes contraintes morales, sociales, religieuses, sexuelles, regroupées en un même faisceau. Et toutes ces couleurs chatoyantes, vives, claquantes dont elles se revêtent, qu’elles empilent jusqu’à déformer leurs corps,ce sont les étendards d’une liberté assumée et fragile, opposés au noir uniforme d’une burqa qui signe leur aliénation. Tout ceci n’est pas sans faire penser étrangement au travail de la photographe Shadi Ghadirian ou la plasticienne Sara Rabhar, toutes deux iraniennes. C’est une création politique, féministe, empreinte de gravité mais, comme toujours avec Mark Tompkins, poétique et décalée, drôle. Qui s’empare de nos clichés orientalistes tenaces pour se les réapproprier et les confronter à la réaliténue. Que ce soit un pèlerinage à la Mecque ou la vision sensuelle d’un harem, la couleur envahit tout, éclabousse tout, déborde, comme un signe de changement, une réappropriation et métamorphose l’ensemble pour mieux le dézinguer. C’est retors et très malin. Les corps aussi n’y échappent pas soumis bientôt à un « transformisme ». A l’exception d’un strip-tease ou l’essai de talons vertigineux, le corps se virilise par l’appropriation des symboles masculins que sont justement les survêtements et les tenues de foot dont elles s’emparent, qui les caparaçonnent, et finit par les modéliser, leur donner un nouveau genre, signe de leur résistance affirmée et de leur égalité revendiquée.

 

BALLROOM n°6 Juin /Juillet / Août 2015
LE PRINTEMPS Mark Tompkins, par Gérard Mayen
Voile et jubilations

Eblouissant solo au cœur de la dernière pièce de Mark Tompkins, Le printemps : une danseuse vêtue d’amples volants se met à tournoyer. Les tissus flottent alors. Vite on devine la nudité en-dessous. Lâchant un volant après l’autre, le vêtement se défait progressivement. La danseuse poursuit nue sa giration de derviche. Splendide, quand la verticale de l’axe de toupie distribue la cambrure des rotondités du corps.

C’est là une manière de se dévêtir si insolite techniquement, qu’on s’y attache comme à une construction. La nudité en émerge comme un autre costume. L’art de Tompkins réside dans ce type de retournement : si Le printemps est intensément coloré, sensitif, sa lecture arrache les signes à tout enfermement dans les codes, les formatages instaurés par les représentations dominantes.

Qui dit « printemps » peut vouloir dire arabe. Qui dit « femme arabe » dit, comme obligatoirement, femme voilée. Il y a bien deux burquas dans cette pièce. Juste le temps d’un gag burlesque. Tout le reste n’est qu’assomption jubilatoire d’une féminité, souvent bellement brandie seins nus, dans un chapelet d’apparences et situations énigmatiques. Ce sont les libertés du regard qu’il s’agit de dévoiler. Et non reconduire les tics médiatiques.

On fait la rencontre d’une musicienne palestinienne de haute trempe contemporaine (Kamilya Jubran). On capte les résonances d’une féconde poésie arabe. On observe des danses incertaines, accidentées à la renverse, chahut de corps insoumis, par trois femmes qui sont aussi circassienne, performeuse, ou de la rue. On traverse tranquillement des désordres dynamiques surgis de harems improbables.

Attardons-nous, pour une fois au langage des costumes mêmes : foutraque garde-robe de championnes sportives, silhouettes orientales et créatures urbaines. De leurs voiles, on ne sait plus s’ils sont de djinns, babushkas de livres d’enfants, bohémiennes diseuses de bonne aventure, Pussy Riot en fin de virée nocturne, mères de familles maghrébines ou combattantes masquées sur le front des rudes manifestations du temps.

 

Deviens ce que tu es
Mark Tompkins
Aux rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, le chorégraphe américain Mark Tompkins propose une vision haute en couleur des printemps (arabes ?). 

Aïnhoa Jean-Calmettes , Mouvement, le 5 juin 2015
http://mouvement.net/critiques/critiques/deviens-ce-que-tu-es 

Poussé dans ses retranchements par la pièce vue juste avant, l’esprit critique était en légère surchauffe à l’ouverture du Printemps. Et assumant une petite dose de mauvaise foi, le jugement était prêt à s’emballer trop vite et à la moindre occasion. Alors les dents ont légèrement grincé face à ces symboles qui semblaient – à  tort – trop faciles.

Merveilleux décor d’une cour intérieure arabisante (celle d’un harem ?), Kaaba miniature rapidement dévoilée, silhouettes en burqa – évidemment attendues – venant trainer leurs envoutants voilages, quand la figure de l’autre femme, pas moins prisonnière de son image, était juchée sur de hauts talons rendant son équilibre précaire.

Sauf que le Printemps est de ces pièces capables de faire fondre jusqu’à la mauvaise foi. Tout ce qu’on redoutait de cliché est balayé d’un tour de piste, et les identités qu’on craignait trop indexées deviennent aussi instables que les chevilles d’Anna Gaïotti  perchée sur ses échasses. Les femmes voilées deviennent d’une clé de bras des chevaliers ninjas, et sous la burqa, toute l’incandescence érotique du corps féminin. Emmenée la corde au cou sur scène, Ananda Montange se lance dans une danse effrénée, sorte de derviche turc au cours duquel elle laisse s’envoler un à un les divers pans de tissus colorés qui recouvrent son corps, révélée dans une nudité victorieuse et sereine. Des corps passent mi-geishas, mi créatures tout droit sorties de Star-Wars, et sur les accords de la chanteuse et joueuse d’oud Kamilya Jubran, les mouvements se déploient de l’ondulation du serpent aux saccades des arts martiaux.

Tout bouge, se déplie, se métamorphose dans une atmosphère chaleureuse qui doit beaucoup à la gaité et aux couleurs de tous les tissus et accessoires de transformation qui jonchent l’aire de jeu du plateau. Une célébration de l’émancipation que le spectateur ne manquera pas d’accompagner parfois, d’un rire lâché presque malgré lui.

 

Le printemps féminin de Mark Tompkins
Le 20 mai 2015 par Delphine Goater

http://www.resmusica.com/2015/05/20/le-printemps-feminin-de-mark-tompkin...

Qu’est-ce que la féminité dans le monde arabe ? Aux Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis, Mark Tompkins porte son regard sur la femme, figure mythique et politique de l’Orient dans Printemps. Une ode très colorée…

A l’avant-scène, une femme s’assoit et joue de l’oud, dans une lumière chaude et caressante. Kamilya Jubran, chanteuse et musicienne palestinienne, a signé la création musicale du spectacle et chante des chansons poignantes composées sur les textes de grands poètes irakien, marocain ou libanais. Malgré le rythme lent de l’oud, on se laisse envoûter par ces mélopées.

Autour d’elle, trois figures de femmes, libertaires, soumises, guerrières ou sensuelles, égéries telles que l’imagerie d’Orient a pu les rêver, les voir ou les imaginer. La dernière en date est la femme libérée des Printemps arabes, la militante démocratique au front ceint de slogans. Elle est là, devant nous, brandissant des drapeaux. Ses compagnes, voilées, se donnent l’accolade avant de se lancer dans un combat de kung-fu, drôle et décalé.

Le spectacle oscillera constamment entre la poésie des sons et l’humour de la chorégraphie, entre la douceur du regard et la violence des mots. Dans ses spectacles, qu’il évoque le music hall ou la comédie musicale américaine, Mark Tompkins penche toujours du côté du gag ou du burlesque pour faire passer un message politique. Ici, son message est féministe. Il accumule sur ses danseuses des boubous et des tissus chamarrés, non pour qu’elles se fondent dans le paysage, mais au contraire pour qu’elles fassent valoir leur différence.

Dans la lumière douce d’un soir de désert, sur un sol et des murs teintés de sable, ces couleurs vives sont à l’image du spectacle : métissé. Du harem au derviche tourneur, du cube noir qui évoque la Kaaba de La Mecque aux vêtements des kamikazes, toutes ces images dessinent une femme arabe kaléidoscope, partagée entre sa culture et sa liberté.


« Le Printemps » sacré de Mark Tompkins
19 mai 2015 Par Amelie Blaustein Niddam

http://toutelaculture.com/spectacles/danse/le-printemps-sacre-de-mark-to...

Tompkins est passé à autre chose. Après sa trilogie composée d’Opening Night, a vaudeville, dont on vous louait déjà les mérites en 2013, Black n’Blues et Showtime il revient sur le Printemps Arabe en prenant comme fil conducteur les images d’une femme fantasmée.

Lorsque Kamilya Jubran, joueuse de Oud et chanteuse palestinienne, entre sur le plateau où un cube noir trône, on doute. Encore plus quand une guerrière bariolée et en maillot de foot s’empare de lances aux bouts en tissus. Pourtant très vite, «  Le Printemps » prend et les images deviennent de fortes paroles. Elles seront quatre, Kamilya Jubran, Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti, Ananda Montange, chacune différente, que ce soit dans le corps ou dans le physique. Musicienne, actrice, danseuse ou performeuse. Elles sont quatre et elles sont déjà la pluralité, l’effacement d’une théorie fumeuse qui voudrait essentialiser « Une » femme. Tompkins ose tout. Repenser les derviches tourneurs dans un strip tease magnifique, refaire vivre un pèlerinage dans une mini Mecque, nous emmener au Harem.

Pour dire les imaginaires et les fantasmes il passe par le vêtement. Il y aura des voiles intégraux qui s’opposeront dans une bataille à la Star Wars. Il y aura des foulards qui couvriront les visages. Les symboles une fois là, il les matraque en faisant danser les filles dans une anti-sensualité, le bassin plutôt serré, les corps partant en arrière, les genoux se tordant, particulièrement sur talons très haut. Elles sont ultra-street agrégeant sur elles des leggings bariolés, des casquettes et autres maillots de sport. Comme toujours chez Tompkins, on se marre, ici moins que d’habitude, car le spectacle se fait très politique. Les voiles se dévoilent, les militantes le sont par le port de fringues masculines. Elles ont ici des armes, et s’en couvrent. Elles sont siglées de marques américaines et ces filles-là auraient leur place dans une girls band hip-hop.

 

Le Printemps
Mark Tompkins

Mai 31, 2015 Par Philippe Verrièle
https://verrielephilippe.wordpress.com/2015/05/31/le-printemps-mark-tomp...

La Parole errante, Montreuil, in festival Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint-Denis
La musicienne s’installe à cour, dans un fouillis de vêtements. Sombre, austère, elle accorde doucement son instrument tandis qu’une jeune guerrière déménage des étendards de tissus déchirés. Bariolée et fantasque, elle a la gestuelle brusquée des filles de banlieue quand elles craignent de ne pas être prises au sérieux. Il faut dix minutes pour que commence le chant, grave, profond, sombre. Deux femmes en niqab se livrent à un combat entre kung-fu et guerre des étoiles et la première danseuse revient en talons très hauts trainant par une corde une femme. La pièce bascule alors. La femme soumise et animalisée se livre à une ronde de derviches qui, par la vertu de la force centrifuge, relevant les jupons, offre un strip-tease extraordinaire. Elle finit nue, et libre. Ainsi Mark Tompkins assimile la contrainte vestimentaire à un asservissement dont il faut se libérer. L’étonnant final n’est que la confirmation inversée de ce strip-tease libératoire : les trois interprète s’y couvrent de tout les vêtements possibles jusqu’à en apparaître informes. Une remarquable pièce politiquement incorrecte, portée sur un imaginaire orientaliste revu par la libération de la femme tandis que la musique parle gravement de guerre et d’exil.
A noter,
Trio féminin avec accompagnement d’une musicienne au Oud, cette création de Mark Tompkins reprend les principes d’interrogation du genre caractéristiques du chorégraphes. On se souvient qu’Animal, existe en version « Mâle » (2005) et « Femelle » (2007) et pièce qui inventait déjà pour partie un genre d’orient mythique. Plus avant dans la carrière du chorégraphe, on se souvient de Trahison Men (1985) puis Trahison Women (1986). Paradoxe, dans la présente pièce, la question féminine apparaît dans l’absence de l’homme. A quand un Le Printemps « Mâle »?

Une référence,
Signée de l’irremplaçable Jean-Louis Badet, la scénographie, en grands parallélogrammes aveugles et clairs, évoque la casbah ou une médina, mais aussi Nocturnes (2012) de Maguy Marin, pièce portée elle-aussi par un puissant imaginaire méditerranéen et d’exil.

 

La Marseillaise – 6 octobre 2015
Par Jean Barak

Mark Tompkins fait « Le Printemps » en automne

Mark Tompkins a fondé sa compagnie en 1983, après une série de soli et la participation à des pièces collectives. On l’a connu danseur, chanteur, chorégraphe, créateur inclassable d’objets dansés non identifiables, de happenings foutraques transgenre à l’autodérision féroce et à l’esthétique sado maso, inspirés des cabarets transformistes et du music-hall. Il ne craint ni le kitch ni le ridicule ni le grotesque, au contraire il s’en sert contre lui-même. Il allie l’illustration littérale à la transgression des codes, mais toujours avec humour : on entend dans la salle des danseuses prises de fous rires, on ne donnera pas les noms.

Le Printemps
Ce spectacle tranche avec ce qu’on connaissait de lui, le propos se fait moins grinçant, plus empathique, il gagne en gravité. Passé le temps des révoltes individuelles contre le système et la marginalité exacerbée, il aborde le thème douloureux de la révolution et ses suites.
Son printemps est résolument arabe. Tout d’abord, il y a la présence de Kamilya Jubran, chanteuse et musicienne palestinienne d’Israël, auréolée de sa blanche crinière, portant précieusement son oud dans son giron. On pourrait être à la Macque, avec une kaaba miniature décorée de bannières qui trône au centre du plateau, centre du monde de la version moyen-orientale de la vraie foi.
Surgissent deux femmes en niqab, mais elles se transforment en ninja puis disparaissent. Une derviche tourneuse apparaît, sous ses sept voiles dont elle se libère, comme il se doit, elle est nue.
La marge est étroite entre l’exhibition gratuite et l’assomption de son corps sans voile. Ici, le propos est résolument féministe.
Quatre femmes se croisent, Silvia Di Rienzo, danseuse clownesque, Anna Gaïotti, performeuse, et Ananda Montange, danseuse et circassienne. Dans une débauche de vêtements de marques publicitaires elles dansent, maladroitement, se déshabillent et s’habillent jusqu’à se déformer sous les couches accumulées. Elles sont accompagnées du chant, des notes rares et des silences de Kamilya Jubran :
« La vérité est oppressante
Peut-on cacher le soleil par un tamis ?
On m’a tuée, on m’a tuée
Je fus sacrifiée
J’attendais mon tour
Je me désintégrais toute entière
Oui on m’a tuée
La guerre est moins rude que l’amour ».
Sawsan Darwaza

Entre Orient fantasmé et parodie, Tompkins pratique le blasphème jubilatoire. Ne le répétez pas, il risquerait une fatwa, n’allez pas colporter non plus qu’il dénude ses danseuses, il serait interdit dans toutes les municipalités dominées par les raz du front, et bientôt dans les régions brunes, ethniquement purifiées. Le pire n’est jamais sûr, inch Allah.
C’est fort et décapant, mais la gravité n’interdit pas d’être drôle.
Pourvu que le printemps passe l’hiver, qu’on se tienne chaud dans les temps de froidures qui arrivent.

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