Spectacles en tournée

SEPT VOILES
(2005)


Un solo de Mark Tompkins

Création le 1er avril 2005
dans le cadre des Têtes Coupées

aux Subsistances à Lyon

Texte : Extraits de Salomé d’Oscar Wilde
Musique : Per Buhl Acs, Tomas Ortved,
                 Mark Tompkins, Isnel da Silveira

 


John the Baptist, prophet beheaded be King Herod, circa 30


Smelling of garlic he comes to me and he is lank with long hands and I rejoice that he enjoys his food and that in my own mouth there was only the bitter crunch of locust and the sour berry and the cloying of wild honey as I waited for him and I draw my face close to his mouth as I hold him in my arms to smell his very breath and I feel the hardness of his back and his hand curls up to cup my elbow angled by his side I pull that arm closer laying it along his body feeling his ribs and the Jordan rushes about us the fish rubbing at my legs like hungry dogs and I am hungry too and I would rub against him, my Lord my face of God, his eyes dark and narrowing at me as I hesitate to press him under and he whispers to me, John you must do this, and my mouth would speak but it is so close to his now and I lift him slightly toward me this man I have waited for all my life, waited to kiss, thinking it would be his feet but now I would have him open his mouth and devour me take me in his mouth and let me disappear into his very flesh and I would be sweet to his taste I am certain and he says, John

Robert Olen Butler



SALOMÉ
Oscar Wilde

e x t r a i t s


Ah ! tu n’as pas voulu me laisser baiser ta bouche, Iokanaan. Et bien ! je la baiserai maintenant. Je la mordrai avec mes dents comme on mord un fruit mûr. Oui, je baiserai ta bouche, Iokanaan. Je te l’ai dit, n’est-ce pas ? Je te l’ai dit ? Eh bien, je la baiserai, maintenant. Mais pourquoi ne me regardes-tu pas, Iokanaan ? Tes yeux qui étaient si terribles, qui étaient si plein de colère et de mépris, il sont fermés maintenant. Pourquoi sont-ils fermés ? Ouvre tes yeux ! Soulève tes paupières, Iokanaan. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? As-tu peur de moi, Iokanaan, que tu ne veux pas me regarder ?…Et ta langue qui était comme un serpent rouge dardant ses poisons, elle ne remue plus, elle ne dit rien maintenant, Iokanaan, cette vipère rouge qui a vomi son venin sur moi. C’est étrange, n’est-ce pas ? Comment se fait-il que la vipère rouge ne remue plus ? Tu n’as pas voulu de moi, Iokanaan. Tu m’as rejetée. Tu m’as dit des choses infâmes. Tu m’as traitée comme une courtisane, comme une prostituée, moi, Salomé, fille d’Hérodias, princesse de Judée ! Eh bien, Iokanaan, moi je vis encore, mais toi, tu es mort et ta tête m’appartient. Je puis en faire ce que je veux. Je peux la jeter aux chiens et aux oiseaux de l’air. Ce que laisseront les chiens, les oiseaux de l’air le mangeront…

Ah ! Iokanaan ! Iokanaan, tu as été le seul homme que j’ai aimé. Tous les autres hommes m’inspirent du dégout. Mais toi, tu étais beau. Ton corps était une colonne d’ivoire sur un socle d’argent. C’était un jardin plein de colombes et de lys d’argent. C’était une tour d’argent ornée de boucliers d’ivoire. Il n’y avait rien au monde d’aussi blanc que ton corps. Il n’y avait rien au monde d’aussi noir que tes cheveux. Dans le monde tout entier il n’y avait rien d’aussi rouge que ta bouche. Ta voix était un encensoir qui répandait d’étranges parfums et quand je te regardais, j’entendais une musique étrange. Ah ! pourquoi ne m’as-tu pas regardée, Iokanaan ? Derrière tes mains et tes blasphèmes, tu as caché ton visage. Tu as mis sur tes yeux le bandeau de celui qui veut voir son Dieu. Eh bien, tu l’as vu ton Dieu, Iokanaan, mais moi, moi, tu ne m’as jamais vue. Si tu m’avais vue, tu m’aurais aimée. Moi, je t’ai vu, Iokanaan, et je t’ai aimé. Oh ! comme je t’ai aimé ! Je t’aime encore, Iokanaan. Je n’aime que toi.

J’ai soif de ta beauté. J’ai faim de ton corps. Et ni le vin ni les fruits ne peuvent apaiser mon désir. Que ferai-je, Iokanaan, maintenant ? Ni les fleuves ni les grands eaux ne pourraient éteindre ma passion. J’étais une princesse, tu m’as dédaignée. J’étais une vierge, tu m’as déflorée. J’étais chaste, tu as rempli mes veines de feu…Ah ! Ah ! pourquoi ne m’as-tu pas regardée, Iokanaan ? Si tu m’avais regardée tu m’aurais aimée. Je sais bien que tu m’aurais aimée, et le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort. Il ne faut regarder que l’amour….Ah ! j’ai baisé ta bouche, Iokanaan, j’ai baisé ta bouche. Il y avait une acre saveur sur tes lèvres. Est-ce la saveur du sang ?…Mais peut-être est-ce la saveur de l’amour. On dit que l’amour a une acre saveur. Mais qu’importe ? Qu’importe ? J’ai baisé ta bouche, Iokanaan, j’ai baisé ta bouche.

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