Spectacles en tournée

HOMMAGES

à Vaslav Nijinski, Valeska Gert, Joséphine Baker, Harry Sheppard
(1998)



Solos de et par Mark Tompkins
Scénographie et costumes Jean-Louis Badet
Direction Technique David Farine
Administration et Diffusion Amelia Serrano

Création le 11 août 1998 à ImPulsTanz, Wien

Durée 1h15


Ces quatre solos ont été créés entre 1989 et 1998. C’est seulement quand j’ai travaillé sur Valeska que m’est venue l’idée de les interpréter ensemble. En les présentant réunis pour la première fois à Vienne en 1998, j’ai immédiatement senti les correspondances et les résonances de l’un à l’autre, accompagné de la sensation d’avoir bouclé une boucle et de l’évidence d’un tout.

Mark Tompkins


LA VALSE DE VASLAV Hommage à Nijinski (1989)

Je ne suis pas un sauteur, je suis un artiste”

Nijinski


ICONS Hommage à Valeska Gert (1998)

Je passais le “mid life crisis”, j’avais douze ans, la nuit, je ne pouvais pas dormir. J’étais agitée, énervée, jusqu’au moment où ma tension intérieure a explosé. Soudain, j’ai vu clairement, directement, nettement, que moi aussi je mourrai un jour (...) cette pensée me poursuivait, je devenais folle. Je hurlais d’épouvante comme un animal (...). Alors j’ai fait une sorte de dépression. Je restais assise sur une chaise pendant des heures et je ne savais pas quoi faire. J’étais complètement malade. Et alors les gens m’ont poussée sur scène. J’ai été obligée de monter sur scène, que je le veuille ou non ”

Valeska Gert


UNDER MY SKIN Hommage à Joséphine Baker (1996)

Eh oui ! Je danserai, chanterai, jouerai, toute ma vie, je suis née seulement pour cela. Vivre, c’est danser, j’aimerais mourir à bout de souffle, épuisée, à la fin d’une danse ou d’un refrain”.

Joséphine Baker


WITNESS Hommage à Harry Sheppard (1992)

Harry Sheppard était danseur chorégraphe américain. Il a travaillé avec beaucoup d’artistes à New York et en Europe, à partir des années 60 et jusqu’à sa mort en 1992. Nous nous sommes rencontrés en 1974 et il a été sans aucun doute, la personne la plus importante et influente dans ma vie pendant mes premières années à Paris. Ce solo lui est dédié”

Mark Tompkins




LIVIN’ IS DEADLY
Isabelle Ginot

e x t r a i t s

Ces quatre solos ont été créés entre 1989 et 1998, en hommages successifs à Nijinski, Harry W. Sheppard danseur et ancien compagnon de Tompkins, le seul qu'il soit nécessaire de présenter , Joséphine Baker et Valeska Gert ; Nijinski et Baker sont des commandes. Si les époques de leur création, les motivations et les figures qui les inspirent sont apparemment totalement hétéroclites, les quatre solos ont bien des points en commun. D'abord un questionnement autour de la présence, le seul élément peut être qui rassemble les quatre danseurs et le cinquième, Tompkins , ce partage de la jouissance et du danger d'être en scène, au delà de toutes les divergences d'esthétiques. Ensuite, la relation mise en jeu dans chaque solo entre la figure de référence et le danseur. Les quatre figures sont inimitables : divas, mythes d'autant plus vivants qu'ils sont morts, dieux de la danse... Pourtant Tompkins ose l'imitation littérale. Il endosse avec exactitude leurs gestes, leurs poses, et les images dérapent sur son corps consentant mal au caméléon. Il les imite et jamais la confusion n'est permise: curieux théâtre où la peau des autres dessine le personnage Tompkins. « Regardez ce que la figure me fait » serait une autre de leurs questions communes. Ou encore : « Qu'est ­ce qu'être une icône ? » et quelles transgressions sont possibles quand on est, avec ces icônes, en amour ? Peut on avoir le corps de Tompkins, grande perche malhabile, et se glisser dans le glamour de Joséphine, la splendeur de Nijinski, l'outrance trapue de Gert, la négritude de Harry. Où et comment se joue cette alchimie du mélange ? Peut on brouiller leur splendeur de contours aussi flous ? Figures outrées, transes avouées, effets de surface extrêmes font éclater toute l'orthodoxie esthétique de la « danse contemporaine ». Une autre question serait celle du lieu commun : comment les motifs du « vulgaire » (trop souvent confondu avec le populaire) demeurent chargés de nos désirs, émotions, sentiments les plus secrets ; ou comment ces états de l'intimité, des origines de nous mêmes, prennent la forme inavouable du sens commun. Comment tous nos corps, nos mots, nos sentirs et nos gestes sont envahis par les corps des autres, leurs mots, leurs sentirs et leurs gestes.

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Comment regarder cette litanie d'images outrancières, kitsch, égrenées au fil de longues plages où rien ne semble se passer? Kitsch, parodie, self indulgence, music hall ou ésotérisme quasi inaccessible? Tompkins plonge à fond dans le pathos de ses personnages de roman, il ne renonce à rien des pacotilles des scènes populaires lumières stroboscopiques, musiques discos, costumes agressifs. Et pourtant, il reste peu d'images auxquelles s'accrocher quand le spectacle est terminé : elles ne tiennent pas, recouvertes ou plutôt minées par les longues latences où justement la présence échappe à toute image. Ne restent que les transitions, le corps flottant de Tompkins, indéfini, entre grotesque et pathos, entre ironie et drame, homme et femme, homme faisant la femme, star déchue, maître manipulant superbement son public. Corps échouant aux figures superbes, et corps superbe, maladroit, ou faisant semblant de l'être ; ridicule, et magnifique. L'évanouissement des images laisse en dépôt la pureté des états, débarrassés de la forme. Et pourtant, ces « états de reste », quand tout effet de forme s'est effacé, sont indiscernables; comment l'engagement presque indécent ou obscène dans un état peut il aboutir à ces moments de doute, d'inqualifiable ni chèvre ni­-choux ? Il est le seul à ne pas s'y perdre.

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Violence particulière de ces danses : elles mettent à nu ce qu'il y a de pervers dans le désir de voir et d'être vu, ce qu’il y a de stridence et de déchirure dans le plaisir de s'exposer. Quatre danses sur ce qu'il y a à être sur scène ; les désirs engagés, de part et d'autre ; la violence de l'exposition, sa jouissance, et le danger et le rapport de forces. Qui tient qui ? Le spectacle comme dispositif de voyeurisme. Ce que le mode spectaculaire fait au corps qui s'expose ; ce que ce corps qui s'expose fait à nos corps et à nos désirs qui se cachent. Rien de ces danses ne se passe vraiment sur le plateau, tout se joue entre le plateau et la salle : dans la performance de Tompkins au sens spectaculaire et au sens performatif qui répond au public mais aussi le fabrique, le tient, et le met le plus souvent « à ses genoux ». Un bras de fer où deux désirs s'entrechoquent et s'épousent, divorcent, voyagent du pathétique au comique, au ridicule, à l'agression. C'est le prix à payer comme dirait Joséphine pour que la danse demeure vivante sous les oripeaux du spectaculaire. Tompkins en vieillard, en fou, Tompkins en danseuse, Tompkins au fouet, Tompkins en amant, Tompkins en meneuse, Tompkins en militant... Les images et les présences se superposent et se télescopent sans jamais s'annuler ou se recouvrir. Ou encore : Tompkins disloqué, Tompkins reconstruit, Tompkins fendu, Tompkins errant, Tompkins perdu, Tompkins dominant, Tompkins manipulateur, Tompkins réinventé... Dans le corps qui se montre il y a de l'image, parfois il n'y a que cela. Et dans le regard de celui qui regarde, même chose. Comment chacun peut il survivre et exister à l'intérieur, au delà, en deça des projections de l'autre ? Entre le danseur et son public, échanges de désir, de pénétrations et de transgressions. Dans le corps qui se montre il y a du sentir, du souffrir, du jouir, parfois il n'y a que de cela. Et dans le corps de celui qui regarde, même chose. Comment ces sentirs s'échangent ils au delà, en deça, à l'intérieur de l'éclat des images ? Comment le corps de celui qui se montre et le regard de celui qui l'observe se construisent, s'inventent et se menacent mutuellement. Un corps qui se montre tient il encore debout lorsque le regard spectateur s'absente ? Un corps qui danse peut il survivre aux regards des spectateurs ? Jusqu'où peuvent aller les échanges entre intérieur et extérieur, entre sentir et montrer ? Jusqu'où le trouble de soi est il vivable, jusqu'où est il la condition de la survie ?

Isabelle Ginot, 20 février 2001


Isabelle Ginot est maître de conférence au département Danse de l’Université de Paris-VIII. Elle est l’auteur de Dominique Bagouet, un labyrinthe dansé et La Danse au XXe siècle, avec Marcelle Michel. Elle pratique et enseigne la méthode Feldenkrais.


EXTRAITS DE PRESSE

 

« L’extravagance comme exercice de vérité ! De ce paradoxe, le chorégraphe Mark Tompkins extrait l’essence de son spectacle Hommages , composé de quatre solos crées entre 1989 et 1998, autour de quatre personnalités de la danse qui ont marqué son parcours. Qu’il s’agisse de Vaslav Nijinski ou de la danseuse allemande des années 1920 Valeska Gert, de Joséphine Baker ou du danseur noir américain Harry Sheppard, Mark Tompkins brandit son goût du travestissement avec une ironie si joyeuse, si féroce aussi, qu’il aboutit à une mise à nu absolue. Plus il se déguise, plus il se révèle. Homme ou femme, homme très femme et vice-versa, peu importe à ce danseur, acteur, chanteur, showman d’excellence, dont le geste spectaculaire tranché réussit à opérer l’osmose entre lui et la personnalité évoquée. Pour en rire et pour en pleurer, cette relecture fantasmée des destins des uns et des autres compose un autoportrait fulgurant. Entre cabaret et music-hall, Mark Tompkins raconte le pouvoir érotique de la danse. La scène dès lors opère comme le lieu magique de la reconnaissance de soi, de l’extase. Non seulement elle transfigure la réalité, mais elle rassemble une identité marginale, voire douloureuse. Au nom de Nijinski et des autres, Hommages est une déclaration d’amour au spectacle.

Rosita Boisseau, Le Monde, 19 février 2002

 

« Mark Tompkins rendait un vibrant hommage à quatre personnages légendaires du monde de la danse, lançant par la même occasion un dernier pied de nez aux principaux tabous qui ont fait bouger l’histoire mouvementée de la danse du XXe siècle et laissant ressurgir les stigmates de son rapport malaisé avec le corps...Plus qu’un simple danseur, Tompkins est un véritable homme de théâtre et une bête de scène accomplie dont le langage dépasse largement les frontières du mouvement. Dans cet opus de quatre solos, la danse proprement dite n’est pas le mode d’expression premier. Tompkins ne danse par pour danser, mais s’attache essentiellement à épouser corps et âme toute l’intériorité de ses sujets, qu’ils soient homme ou femme. Tompkins est généreux de sa personne et cultive volontiers l’ambiguïté entre le sulfureux et le cabotinage.Ce danseur au visage émacié qui oscille insensiblement entre le diabolique et le christique est franchement étonnant, car habité d’un pathos naturel très fort. Son spectacle en dit plus, et de manière poignante, sur l’éphémère de l’existence que ce que l’on est porté communément à croire au simple vu de la pacotille et du strass dont s’affublent les personnages. »

Patrice Lefrançois, 24 Heures, 21 août 2000

 

“…Mark Tompkins, en donnant à la danse son caractère scénique sacré et en la violentant ensuite par des mouvements de discothèque révèle que la danse est une et rien qu’une... Le langage du corps est un calendrier de passions extrêmes même si elles sont racontées avec nonchalance. Et peut seulement l’écrire, celui qui de la danse connaît désormais tout, qui l’a modelée dans ses muscles, dans ses nerfs, et s’en est fait violenter jusqu’à en être épuisé.”

Marco Manca, L’Union Sarde, 17 septembre 1999

 

“...Un oeil distrait s’en tiendrait à l’épatante expressivité et à l’élégante drôlerie des jeux vestimentaires du danseur. Mais une autre sensation rôde : la folie solitaire de l’artiste qui éraille le sens commun... on a rarement vu tant de pudeur dans le brut du corps pour dire la violence du vide et la force d’y vivre.”

Gérard Mayen, Midi Libre, 18 février 1999

 

“...Mark Tompkins a du talent. C’est pour cela qu’il arrive à nous faire rire de choses graves. Les choses de la vie. Mark Tompkins a fait son show. Avec l’humour des grands timides. La pudeur des grands sensibles Tout le monde a ri. D’un rire dont on se souviendra longtemps, au bord des larmes. Pas amer, émouvant....”

Francis Cossu, La Marseillaise du Vaucluse, 16 février 1999

 

“...Mains pathétiques, somptueuse idole bizarre, androgyne sensuel et fantomatique, voix viscérale dédiée au “seul ami”, long corps désarmé dans le cercle magique des lumières, il évoque les ombres chères, médium solitaire, dont l’humour est la politesse du désespoir...”

A.H. La Gazette Provençale, 24 février 1999

 

“...le mélange chant/danse conduit au cabaret et son trouble co-substanciel à base d’ambiguité sexuelle, de transformisme, de jeu sur le simulacre, la femme-femme qui s’avère un homme. Mark Tompkins est peut-être celui qui joue le mieux avec ces émotions contraires. Pour ce grand gaillard, l’attendrissement est un vaste truc en plume, rose de préférence. En faisant référence à des personnages qui l’ont marqué, Tompkins sait qu’il ne parle que de lui et que c’est ce que l’on attend. L’ambiguïté n’est pas alors une fin en soi mais le moyen d’une auto-ironie qui laisse une place encore plus grande à l’émotion.”

Philippe Verrièle, Les Saisons de la Danse, mai 1999

 

“…Mark Tompkins est un grand artiste. Introverti et concentré, il peut créer à partir de rien un spectacle ayant tous les éléments d’une représentation de qualité, l’intérêt, la tension, l’amusement. Il n’y a rien de forcé ou d’artificiel dans l’aspect de Tompkins, juste cette puérilité sincère qui suffit à créer un personnage avec un seul petit mouvement délicat. En bref, c’est un maître.”

Jasna Krinjar Taufer, RA SLO, 19 mai 1998

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