Spectacles en tournée


empty holes

la vie l’amour et la mort de John et Doris Dreem

un solo de mark tompkins
1983 / 2008

portrait of John & Doris

mark tompkins : concept, textes, chansons* et interprétation

en collaboration avec
gérard gourdot :
dramaturgie et mise en scène

alain de cheveigné :
lumière
rodolphe martin : régie générale



créé en avril 1983 au Festival Bonjour de Perpignan
réincarné en october 2008
Marseille Objectif Danse au Festival actOral.7 , Marseille
et au Théâtre de la Cité internationale, Paris

*sauf - non je ne regrette rien : Vaucaire/Dumont
strangers in the night :
Kaempfert/Singleton/Snyder
am i blue :
Clark/Akst, last dance : Jabara


empty holes
la vie l'amour et la mort de John et Doris Dreem


to do is to be - Descartes
to be is to do - Nietzsche

do be do be do - Sinatra
empty holes a été créé en juin 1983. Il a marqué la fin d'une collaboration de cinq ans avec Lila Greene (Les Productions Lima Dreem) et célébré la fondation de la compagnie I.D.A. (International Dreems Associated).

En 1976, Jacqueline Robinson, que j'avais rencontrée un an après mon arrivée à Paris, m'invitait à présenter une soirée dans son studio Avenue Junot. Je créais pour l'occasion naked traces, mon premier long solo. Pour la première fois j'introduisais Doris Dreem, un personnage qui réapparaîtra à maintes reprises au cours des huit années suivantes. En 1977, le partenaire de Doris, John Dreem apparaissait pour la première fois dans love letters, puis l'année suivante dans each one's own. Je jouais les deux rôles.

Quand Lila et moi avons commencé à travailler ensemble en 1978, nous avons décidé de continuer l'exploration de la relation entre John et Doris en doublant leurs présences sur scène. Chacun jouait Doris, chacun jouait John. Nous avons créé Double Sens, Sweet Dreems et A Voile et à Vapeur. Notre dernière création ensemble en 1982, La Séparation de Biens, était en fait composée de deux solos, Swooning Slugs de Lila et la première version de empty holes. Mon solo était inspiré et influencé par ma collaboration avec l'éclairagiste Alain de Cheveigné et son travail fascinant avec des ombres. Travaillant avec la démultiplication de ma propre ombre dansante, je passais les deux tiers du spectacle derrière un écran. John et Doris n'étaient pas présents.

Afin de faire la transition de la collaboration fructueuse avec Lila à mon nouveau rôle de directeur artistique de compagnie, je décidais de faire une version nouvelle et définitive en réinjectant John et Doris dans le solo - empty holes - la vie l'amour et la mort de John et Doris Dreem. Le spectacle reprenait beaucoup des thèmes et des obsessions que j'explorais et développais depuis mon arrivée à Paris en 1973 : la vie, l'amour, la mort ; les questions d'identité et de genre ; la multiplication et les miroirs de soi et de l'autre ; la combinaison de mouvement, voix, texte, chant, lumière et son afin de créer des images composites et complexes. Ce spectacle m'a permis de conclure et faire le deuil de mes premières années à Paris, et de faire un pont vers la prochaine étape - créer la compagnie, développer et diriger des groupes plus importants, transmettre mes idées et mes visions à d'autres collaborateurs - interprètes, musiciens, scénographes, éclairagistes...

Depuis toujours, je suis presque systématiquement passé d'un solo à des projets de groupe. Le processus de faire un solo est par nature solitaire, mais l'exaltation et la profondeur de jouer seul est extrêmement instructif et enrichissant. Cela a toujours été un moyen de chercher, définir et vérifier pour moi-même les matières et les outils que je souhaite transmettre et partager avec les interprètes dans des pièces de groupe. Le processus de groupe est plus social - enjoué, conflictuel et grégaire - et à cause du nombre facilite la construction d'images complexes.

Une image complexe est une image avec plusieurs dimensions - d'abord le surface appeal, l'apparence vraisemblablement superficielle. Ce que vous voyez. Le premier degré. Puis il y a la contradiction, contenue dans l'image à travers l'accumulation et la distribution des forces antinomiques. What you see is never what you get. Le deuxième degré. Ensuite s'ajoutent, par les processus d'association, de citation et de référence, tous les sens, inversions, contradictions et contresens imaginables et inimaginables. Une image complexe oblige le spectateur à travailler, à s'étonner, à réfléchir, à construire son propre point de vue à partir de ce qui est donné. Et honnêtement, j'adore quand le spectateur travaille.

Je n'ai jamais fait ni désiré faire aucune reconstruction de mes pièces. Chaque nouveau spectacle est un processus unique et vivant, fait avec et pour des personnes, des lieux et des moments spécifiques. Quand ça meurt, c'est fini. Mon répertoire consiste seulement en des pièces qui sont encore jouées depuis leur création, et comprend actuellement Hommages, quatre solos créés entre 1989 et 1998 et présentés ensemble depuis 1998, Song and Dance en 2003), ANIMAL Mâle (2005) et ANIMAL Femelle (2007).

empty holes a été joué une dizaine de fois après sa création en 1983. C'est le seul spectacle dont j'ai sérieusement considéré la reconstruction, parce qu'il contient les graines de presque tous les thèmes et les obsessions qui m'ont poursuivi toutes ces années. Mais à chaque fois, d'autres projets advenaient et devenaient prioritaires. Maintenant, vingt-cinq ans plus tard, j'ai décidé de le réincarner, dans le sens de rendre visite à un vieil ami que tu n'as pas vu depuis des années. Ça fait surgir un déluge de souvenirs lointains, ça entre à nouveau dans le filtre du présent et ça agit comme un catalyseur pour le futur.

Mark Tompkins, Janvier 2007

empty holes

WHAT YOU SEE IS NEVER WHAT YOU GET

Les épisodes de la saga des Dreem tournent toujours autour de la même histoire, une histoire qui n'en est pas une. Une histoire d'amour impossible.

Cette histoire est racontée à travers n'importe quel support jugé nécessaire et juste dans la situation donnée : vidéo, diapos, ombres, objets, décors, textes, voix, bruitages, bandes son, actions, mouvements. Le travail de composition consiste à écrire un scénario en associant des couches de sons et d'images en simultanéité pour créer un espace audiovisuel qui raconte non pas une histoire mais des histoires. Par superposition, par juxtaposition, par interférences, les éléments se mettent à s'appeler l'un l'autre et à se répondre en toute interdépendance. A la fois collage d'éléments hétéroclites, mais aussi décollage dans la mesure où un élément peut transformer, augmenter ou enlever le sens d'un autre. Un striptease perpétuel où le dévoilement ne doit pas tout montrer mais suggérer ce qui reste caché.

Les éléments utilisés sont à la fois généraux et personnels, même autobiographiques. Dans ce sens John et Doris n'existent pas, n'ont jamais existé, n'existeront jamais. Ce sont des mensonges pour faire avancer le scénario, pour donner un semblant de fiction alors qu'il n'y a que vécu. C'est par leur présence que John et Doris passent d'un état à un autre en dehors de toute trame psychologique. Si bien que le jeu est à la fois théâtral, dans la mesure où les états s'engendrent émotionellemment l'un l'autre, et chorégraphique, dans la mesure où ces états se provoquent l'un l'autre de façon abstraite, au point même de coexister simultanément, sans pour autant tomber dans les pures abstractions de la danse.

John et Doris Dreem marchent sur cette lame de rasoir où le scénario empêche l'abstraction de l'emporter, mais où l'abstraction fait jaillir un espace ambigu qui ouvre sur des états inconnus et innomables. Et qui les séduisent et vers lesquels ils se précipitent.

Mark Tompkins, 1983

 

Mark & Lila 1 empty holes

 

 

 

 

 

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